Cours 2 - 08/10/07

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Cours 2 - 08/10/07

Message  Caroline R. le Dim 14 Oct - 14:54

Aparté sur la Recherche documentaire :
Il s’agit d’une recherche bibliographique, il faut faire le bilan de ce qui a déjà été écrit et se situer parmi ce bilan. Cette bibliographie doit être classée, et il faut faire des commentaires sur les références sélectionnées.
Cette recherche documentaire pourra constituer une deuxième partie du dossier à rendre, comprenant : un complément bibliographique, un compte-rendu des difficultés rencontrés, les principales ressources utilisés, la pertinence des sources Internet…


Suite du panorama historique :
Selon Berman, dans L’épreuve de l’étranger, c’est à Rome que la traduction a pris forme, en posant les jalons de ce que deviendra la traduction en Occident. St Jérôme s’inscrit dans la voie de Cicéron. Dans un texte très court, le De optimo genere oratorum, celui-ci étudie le modèle que peuvent représenter les grecs pour la rhétorique latine. Lui-même est l’auteur de plusieurs traductions.

« J'ai mis en latin les deux plus célèbres discours des deux Attiques les plus éloquents, Eschine et Démosthène, discours dont l'un répond à l'autre; je les ai mis en latin non pas en traducteur mais en orateur; les pensées restent les mêmes, ainsi que leur tour et comme leurs figures; les mots sont conformes à l'usage de notre langue. Je n'ai pas cru nécessaire de rendre mot pour mot; c'est le ton et la valeur des expressions dans leur ensemble que j'ai gardés. J'ai cru qu'il me fallait payer le lecteur non pas en comptant pièce par pièce, mais pour ainsi dire en pesant la somme en bloc. »

Cette métaphore de l’argent aura une destinée heureuse, et sera régulièrement reprise au cours de l’histoire. Ce texte de Cicéron fut « constamment cité par ceux qui devaient justifier d’une traduction qui ne soit pas littéral mais posé sur une appréhension globale du sens » (Berman). Pourtant, le but de Cicéron était simplement de faire un traité d’éloquence : ses propos ont été abusivement utilisé par ces successeurs.

Au Moyen-âge on traduit peu, les lettrés lisent directement dans la langue d’origine. Quelques traductions sont le fait de commandes de rois. Elles démontrent une tentation fréquente du mot-à-mot pour rester au plus près du texte latin. Là-encore, cette vision est liée à une idée de hiérarchie entre les langues : la langue vulgaire est pauvre, le français n’a pas les moyens de traduire le latin. Il faut donc recourir à des néologismes, qui du surcroît enrichissent la langue. Par souci de clarté, le texte de base est souvent étoffé.
A la fin du XIVe siècle, Charles V, pour instruire son entourage, demande la traduction de textes anciens, de façon claire et lisible. Dans leurs préfaces, les traducteurs s’excusent de s’écarter parfois du texte de base. Il y a une prise de conscience de la différence entre les langues : la langue vulgaire est jugée inférieure à la langue latine, et par conséquent, la traduction inférieure à l’original.
A la fin du Moyen-âge, les traductions sont toujours assez rares en France. En Italie et en Espagne, en revanche, on traduit abondamment dès le milieu du XIVe siècle.

La Renaissance pratique « la traduction comme découverte et horizon » (Balard). La traduction se développe partout en Europe, on redécouvre certains manuscrits, l’imprimerie permet le développement des libres, et la controverse de la Réforme se pose, en partie, sur la question de la traduction de la Bible. Il y a une véritable curiosité pour l’Antiquité.
Au début du XVIe siècle, la langue vulgaire commence à s’imposer comme langue écrite. La clarté est le critère premier de la traduction, et autorise toute sorte de néologisme.
De plus en plus de lettrés ne connaissent pas le grec : le latin s’impose alors comme langue relais dans la traduction.
Il y a une première traduction de poèmes antiques (Ovide, Virgile). Souvent, celle-ci est effectuée en vers, parfois en prenant certaines libertés (rajouts, etc.).
Dans la deuxième moitié du XVIe siècle, la génération suivante des traducteurs est mieux formée, et connaissent mieux le grec. Le nombre de traduction publié augmente, et on voit apparaître les premiers traités de traduction (la traduction est considérée comme un art, possédant un certain nombre de règles à appliquer).
En 1539, l’ordonnance de Villers-Cotteret oblige l’utilisation de la langue française dans les textes officiels. L’idée d’une littérature nationale se développe (Du Bellay).
Etienne Dolet publie en 1540 De la manière de traduire d’une langue à l’autre. Il établit plusieurs règles pour la traduction :
- le traducteur doit connaître la langue et l’auteur qu’il traduit
- le traducteur doit connaître les deux langues qu’ils utilisent
- il ne faut pas rendre mot pour mot, mais rendre le sens global
- il faut éviter les néologismes
- il faut observer les règles oratoires.
Dolet se place ainsi sous l’influence de Cicéron, qu’il a lui-même traduit.

Le mot « traduire » apparaît en français, suivi de « traduction » et « traducteur » (avant, on employait les termes « translater », « mettre en français »). Amyot est un des grands traducteurs de l’époque, que l’on disait capable de la prouesse d’à la fois être fidèle au texte original et réussir à styliser le français.

Le XVIIe siècle (qui commence en 1620) fut appelé la période des « belles infidèles »* , c’est-à-dire la période où les traductions accordaient plus d’importance au style employé qu’à la fidélité au texte d’origine. Pourtant, toutes sortes de tendances doivent faire nuancer ce jugement hâtif, même si la tendance des « belles infidèles » l’emporte quantitativement.
Dans sa réflexion sur la langue française, Malherbe recherche une langue moyenne dans laquelle on pourrait traduire (une langue qui ne soit ni une langue artificielle, ni une langue trop facile).
Au milieu du XVIIe siècle, une position de plus en plus moderne tente de renverser la hiérarchie entre français et latin.
En 1635, le Discours sur la traduction de Méziriac à l’Académie française, est une critique d’Amyot, basée sur une comparaison systématique entre le texte original et sa traduction. Il met ainsi en question un mode de traduction qui est alors en train de reprendre vigueur : en critiquant Amyot, il critique indirectement la vision de la traduction comme recréation.
Les jansénistes ont sur la question des opinions diverses : certains se réclament de Malherbe, et prennent comme critère principal la beauté du texte, l’adaptation au lecteur ; d’autres défendent le littéralisme, parfois accompagné d’une posture morale contre l’infidélité sous toute ses formes.
Parallèlement, la notion de bienséance peut aussi jouer pour les adeptes de la traduction libre. Lemestre de Cacy, lui, cherche une « voie médiane ».
La métaphore des belles infidèles compare la traduction à une femme belle mais infidèle, la beauté expliquant l’infidélité. Or, la plupart des traductions sont produites au nom d’un critère moral, fidèle à ce que le lecteur attend de nous.



* Cette expression à l’avenir heureux (elle sera le titre d’un ouvrage de Georges Mounin sur la traduction, et celui d’une thèse de R. Zuber où celui-ci cherche à réhabiliter ce genre, provient d’une citation de Ménage (XVIIe siècle) : « Lorsque la version du Lucien de M. d’Ablancourt parut, bien des gens se plaignirent de ce qu’elle n’étoit pas fidèle. Pour moi je l’appelai la belle infidelle, qui étoit le nom que j’avois donné étant jeune à une de mes maîtresses. »
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