exposé: Derrida

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exposé: Derrida

Message  Tengfei le Dim 27 Jan - 22:49

Pour comprendre ‘Signature événement contexte’, de Derrida, une explication sur la notion du logocentrisme est indispensable. Ensuite, il sera la brève réplique de Searle. Finalement, il est question de la déconstruction et de la lecture déconstructiviste à partir de laquelle Derrida défait les argument de Searle.


I Signature, événement, contexte
1 logocentrisme
La formule veut dire une supériorité de la parole vive par rapport à l’écriture, parce que selon Socrate, sous la plume de Platon, plus précisément dans le Phèdre : « l’écriture ne peut se défendre elle-même ni répondre aux questions qu’on lui pose ; elle ne peut pas non plus choisir ses destinataires, privée qu’elle est de l’assistance de son père ou auteur (Phèdre, 274b-275b) »
La parole vive est capable de transmettre directement un savoir à l’interlocuteur, dans le cas où le savoir est mal compris, son énonciateur peut répondre aux questions, corriger des mésinterprétations, ou expliquer autrement, en tout cas on peut arriver éventuellement à communiquer le savoir. Le texte écrit n’est qu’une copie du discours, privé d’émotion, de vie, de la capacité de répondre aux questions. Le seul avantage de l’écriture est la conservation, elle conserve le discours, pourtant on n’est pas sûr qu’elle puisse garder les idées de son énonciateur.
C’est dans la philosophie, il est un peu près le même dans la littérature. Dans l’Iliade, on a un épisode concernant l’écriture. C’est le mythe de Bellérophon au chant 6, l’histoire est la suivante. Le roi Proitos voudrait tuer Bellérophon, mais il n’ose pas. Ce qu’il fait, c’est d’ordonner Bellérophon d’aller remettre un message à son beau-frère Iobatès, et ce message écrit ne dit rien d’autre que de tuer Bellérophon, celui qui apport le message. Ensuite Iobatès envoie Bellérophon à combattre avec Chimère, il suppose que Bellérophon va se faire tuer, mais il revient saint et sauf, etc.. Rousseau sera déçu par cet épisode, parce qu’il croit au temps d’Homère il n’y avait pas l’écriture, un âge de l’oralité. Mais en y réfléchissant, on s’est aperçu que l’écriture est dangereuse, le seul épisode où on ait un texte écrit, c’est un message de la mort, et Iobatès doit tuer celui qui apporte le message. Ensuite, l’écriture est liée au secret, à une préméditation qu’on doit cacher. Et dernièrement, la parole de l’énonciateur, Proitos, n’est pas respectée, Iobatès n’a pas mis Bellérophon à mort, il a essayé, et puis échoué, mais il ne cherche plus à exécuter la mission. Le texte écrit est donc dangereux et périssable.
C’est ce que Derrida nomme le logocentrisme. L’écriture est vue comme une représentation, une copie. C’est en suivant ce raisonnement que Platon exclut les poètes dramatiques de la Cité, parce qu’ils séduisent les âmes par la représentation, au lieu de leur donner la réalité. Parmi les philosophes qui le succède, Rousseau est un des plus représentatifs, on sait qu’il condamne le théâtre, ainsi l’écriture, par ces arguments platoniciens.
Ce qui concerne la critique littéraire, c’est notre attitude vis-à-vis du texte. Si on suit cette méthode du logocentrisme. Lorsqu’on commente un texte, ce qui compte, ce n’est pas le texte lui-même, mais ce que veut dire l’auteur. Le texte n’est qu’une illustration, ou un représentation de la pensée de l’auteur. Par exemple, si Dante est chrétien, il écrit donc la Divine Comédie pour illustrer les valeurs chrétiennes, et tous les êtres qui ne respectent pas les dogmes chrétiens sont censés êtres détestables. D’une manière radicale, notre lecture de la Divine Comédie doit nous conduire à une acceptation totale des dogmes chrétiens, est-ce le cas ? C’est une question à laquelle je reviens plus tard. Une grande partie du travail de Derrida consiste à valoriser, ou revaloriser, l’écriture, et le texte.

2 Contexte
Dans cet article, Derrida prend un texte de Condillac comme exemple : Essai sur l’origine des connaissances humaines. Derrida résume « [Selon Condillac], si les hommes écrive, c’est : 1) parce qu’ils ont à communiquer ; 2) parce que ce qu’ils ont à communiquer, c’est leur ‘pensée’, leurs ‘idées’, leur représentations. La pensée représentative, précède et commande la communication qui transporte l’idée, le contenu signifié ; 3) parce que les hommes sont déjà en état de communiquer et de se communiquer leur pensée quand, de manière continue, ils inventent ce moyen de communication qu’est l’écriture. » p.22
Le texte de Condillac établit dont une hiérarchie et une chronologie qui vont de la pensée à la communication, et puis de la communication l’écriture. La communication doit se faire dans la parole vive si possible, l’écriture ne vient qu’après coup, elle n’est qu’un supplément de la parole vive. L’écriture ne doit pas transformer ou modifier le sens qu’elle transporte, le cas contraire, le sens est dégradé.
Mais Derrida fait remarquer la condition de possibilité de l’écriture, c’est l’absence du destinataire, « Il faut que [l’écriture] soit répétable – itérable – en l’absence absolue du destinataire ou de l’ensemble empiriquement déterminable des destinataires. Cette itérablilité (iter, derechef, viendrait de itara, autre en sanskrit, et tout ce qui suit peut être lu comme l’exploitation de cette logique qui lie la répétition à l’altérité) structure la marque d’écriture elle-même. Une écriture qui ne serait pas structurellement lisible – itérable – par-delà la mort du destinataire ne serait pas une écriture. »
Du coup, un signe écrit ne s’épuise pas dans le présent de son inscription, il comporte en lui-même une force de rupture avec le contexte. La rupture, cela ne veux pas dire l’absence du contexte, mais le fait que le texte peut être répété et reproduit dans un autre contexte qui est tout différent que celui où le texte a été produit.
Si un texte peut être lu dans des contextes différents, cela implique que le sens d’un texte varie selon les contextes qui le déterminent, par conséquence le texte écrit n’est pas seulement le support d’un vouloir-dire de son auteur.
Et Derrida va introduire la notion de la citationnalité. Il prend un exemple de Husserl. « Le vert est ou », la phrase en elle-même est vide de sens, et il n’y même pas de grammaire logique. Comme la conjonction ‘ou’ est homonyme de l’adverbe interrogative ‘où’, on peut donner à la phrase deux contextes déterminés qui lui donnent un sens déterminé. On peut dire ‘le vert est où’ pendant une conversation : Où est passé le vert (du gazon : le vert est où ?) » - « Où est passé le verre dans lequel je voulais vous donner à boire ? ». Ou bien, dans le texte de Husserl, il écrit cette phrase pour dire que dans ce cas, il n’y a pas de langage logique, qu’il appelle l’agrammaticalité. Donc, dans ce contexte, la phrase signifie un exemple de l’agrammaticalité, tandis qu’elle ne signifie rien hors de tout contexte. C’est-à-dire, l’écriture doit être reconnue dans un contexte, et dans des contextes. Un signe écrit multiple ses signification à l’infini tant qu’il peut être reçu dans des contexte infinis. L’écriture ne se réduit pas à la notion classique de la communication, elle ne communique pas un sens bien défini, mais des sens selon les contextes.
Il faut préciser que l’écriture dont parle Derrida n’est pas au sens restreint du terme, une représentation des phonèmes, par opposition à la parole. Premièrement, contrairement à ce qu’on affirme souvent, Derrida essaie d’approuver que la langue est composé de graphème, et non pas de phonèmes. Dans l’exemple de « le vert est ou », si on tient à ses phonèmes, on aurait deux sens complètement différents, lorsqu’on écrit, on peut avoir un sens déterminé, soit le verre qu’on sert à boire, soit le vert de gazon, soit l’exemple de l’agrammaticalité, c’est les graphèmes qui la donne une signification, et non pas les phonèmes. Deuxièmement, dans un sens large, l’écriture est ce qui reste, le signe ou le marque qui reste, en ce sens un discours enregistré peut aussi être une sorte de l’écriture, par opposition à la parole vive qui s’efface tout de suite. Mais l’écriture derridienne n’est pas le signe qui ne s’efface pas, mais selon lui, le signe ou le marque qui n’arrive pas à s’effacer. Comme l’exemple de « le vert est ou », la phrase tend à disparaître, puis qu’il ne signifie rien vu d’œil, mais elle n’y arrive, et chaque fois elle réapparaît, elle détruit son premier sens en prenant un autre, elle n’est pas ineffaçable, mais elle ne peut être effacé.
3 Signature
C’est à partir de ce concept du signe, ou du marque, Derrida va élaborer le concept de la signature.
Derrida emprunte une notion d’Austin, qui va irriter un de ses disciples. Selon Austin, l’énonciation ne consiste plus à nous transmettre un sens, mais elle nous permet de faire quelque chose. Une énonciation ne nous communique pas un sens, un vouloir-dire de l’énonciateur, mais une force par l’impulsion d’une marque. Ainsi donc, l’énoncé n’a pas de référent, mais il produit ou transforme une situation, il ne parle pas, il opère. Pour tout énoncé, il n’y a pas de vrai ou faux, ce n’est plus un problème de vérité, mais de force
Ordinairement, on pense que la signature atteste la présence de l’auteur dans son texte. Or, il faut remarquer qu’un texte n’est pas une énonciation verbale. Dans les énonciations verbales, l’auteur est la personne qui énonce, sa présence est pleine dans ce cas, en revanche, dans les énonciations écrites au sens derridien, non seulement le texte, y compris l’enregistrement sonore, l’auteur appose sa signature, et au moment où il appose sa signature, il se sépare de son texte, sa signature est l’attestation, non pas de sa présence, mais de son absence.
« Par définition, une signature écrite implique la non-présence actuelle ou empirique du signataire. Mais, dira-t-on, elle marque aussi et retient son avoir-été présent dans un maintenant passé qui restera un maintenant futur, donc dans un maintenant en général, dans la forme transcendantale de la maintenance. Cette maintenance est en quelque sorte inscrite, épinglée dans la ponctualité présente, toujours évidente et toujours singulière, de la forme de la signature.»
La signature n’est pas aperçue comme la maintenance de l’intention de l’auteur, mais plutôt comme une absence éventuelle de l’auteur. Signer, c’est de se séparer du texte. Le signataire doit être conscient de ces significations multiples, sans pouvoir prévoir toutes les significations possibles, mais il soumet son texte à l’épreuve par ce geste.
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Message  Tengfei le Dim 27 Jan - 22:50

II Searle ou l’intentionnalité du texte
1Autorité
Il faut dire quelques mots sur le contradicteur de Derrida, Searle est un philosophe américain, il était étudiant d’Austin. Le premier paragraphe est ceci : « Derrida commente Austin : s’agit-il d’une confrontation entre deux grandes traditions philosophiques ? Ce serait à mon avis une erreur de le croire. Non pas tant parce que Derrida n’aborde dans son commentaire aucune des thèses fondamentales de la théorie austinienne du langage que, sur différents points cruciaux, il ne comprend pas la position d’Austin et, comme je vais tenter de le montrer, l’expose incorrectement. La confrontation n’a donc pas vraiment lieu. »
On comprend très bien la position de Searle dès le premier paragraphe. Searle dit que Derrida ne comprend pas la position d’Austin, et l’expose incorrectement. Searle mentionne non pas le texte de son professeur, mais sa position, autrement dit, Searle suit bien la tradition du logocentrisme, son point de départ diffère celui de Derrida. Pour le premier, c’est l’intention de l’auteur, pour le dernier le texte de l’auteur.
Puisque Searle est étudiant d’Austin, il est facile de croire qu’il est aussi le dépositaire de sa pensée, au moins un héritier légitime. Il se trouve dans une situation de l’autorité intellectuelle, avant même de démontrer et d’argumenter comment les opinions de Derrida sont fausses, il dit tout simplement que Derrida ne comprend pas, l’expose incorrectement, il n’hésite pas à dire, non sans dédain, « La confrontation n’a donc pas vraiment lieu. » En effet, toute la réplique est obsédé par l’expression comme Derrida a mésinterprété tel point, Derrida se trompe complètement, et même, « Derrida a malheureusement un goût prononcé pour les affirmations manifestement fausses. ».
Sous-entendu, tout ce que Searle dit est destiné à être vrai. Voyons donc quelle vérité qu’il nous dit.
2 Intentionnalité
Evidemment, le plus urgent est de sauver à tout pris l’intentionnalité du texte, sinon tout son discours ne se tiendra pas. Selon lui, un texte peut être interprété différemment, ce n’est pas à cause de son itérabilité, mais de sa permanence. Et c’est cette permanence qui distingue le mot écrit du mot parlé, parce que le mot parlé manque de permanence, il ne fait qu’une apparition. Le texte est donc une énonciation permanente de son auteur.
En suivant cette logique, on retombe irrésistiblement dans le logocentrisme. Searle poursuit son développement, comprendre un énoncé, c’est reconnaître et identifier ce que son auteur a voulu dire. Searle restitue d’abord l’intentionnalité au texte
Ensuite, Searle s’attaque à la citationnalité derridienne, selon lui, un texte cité n’est pas mentionné, mais utilisé dans un autre contexte, une citation est devenue un élément d’un nouveau énoncé, qui appartient à un nouveau énonciateur. Il prend l’exemple de « le vert est ou » de Derrida ». Selon lui, l’intention n’est pas absente, elle est tout simplement changé, modifié, par son auteur.
3 Itérabilité
Et selon Searle, le rapport entre le langage écrit et le langage oral est un fait contingent concernant l’histoire des langues, mais non pas une vérité logique sur la nature du langage. Par contre, la relation de dépendance entre le discours non fictionnel et la fiction est un rapport de dépendance logique.
C’est pourquoi un texte écrit est comme un discours prononcé, l’auteur y est toujours présent, l’itérabilité n’entre pas en conflit avec l’intentionnalité, mais elle fait parti des actes linguistiques. Elle est comme des routes qui bifurquent mais elle nous ramène tôt ou tard au vouloir-dire de l’auteur.

III La réplique de Derrida ou la déconstruction
1 Déconstruction
Un exemple avant la lettre.
Il s’agit d’un commentaire d’Auberbach sur un passage de La Divine Comédie dans son livre Mimésis, publié en 1946, de toute façon beaucoup avant la conception de la déconstruction.
C’est un passage où Dante rencontre deux damné au sixième cercle de l’Enfer, l’un s’appelle Farinata, l’autre Cavalcante, ils sont damné parce qu’ils sont hérétique. Lorque Farinata entend la voix de Dante, il y reconnaît la langue toscane, et il s’empresse de lui demande le destin de son patrie. Quand Dante lui informe la défaite de sa patrie, Farinata dit : « cela me tourmente plus que cette couche ». Et l’autre damné, Cavalcante demande à Dante s’il a vu son fils. A priori, le texte de Dante doit mettre en valeur les dogmes chrétiens, les damnés doivent être détestable. Or, l’un Farinata reste toujours fidèle à sa patrie, de tel point que la damnation l’inflige moins que la défaite de sa patrie ; et l’autre, Cavalcante, pense toujours à son fils avec un amour maternel qui nous impressionne.
En fin de compte, dit Auberbach dans son livre : « l'horreur de leur damnation ne sert en quelque sorte que de moyen pour renforcer l'effet de ces émotions tout humaines. » Et Auberbach conclut : « « L'oeuvre de Dante fit une réalité de l'être chrétien-figuratif de l'homme, et le détruisit par cette réalisme même; le cadre grandiose se brisa du fait de la puissance bouleversante des images qu'il contenait. »
C’est pourquoi la lecture d’Auberbach me semble typiquement déconstructiviste, le texte de Dante trahit l’intention de son auteur. Si Dante veut faire de la Divine Comédie une œuvre à thèse, il a échoué non pas sur le plan artistique, mais tout au contrait, il a trop réussi dans son art que son œuvre, si parfait qu’il engendre de nouvelles interprétations qu’il n’aurait pas voulu. Souvenons-nous que même le titre original n’est pas La Divine Comédie, il n’empêche qu’on dit plus volontiers ce titre que La comédie tout court, même si l’on ne respecte pas l’intention de l’auteur.
Donc, une lecture déconstructiviste est basé uniquement et exclusivement sur le texte, ce n’est pas le lecteur qui déconstruit le texte, on ne déconstruit rien, mais c’est le texte qui se déconstruit lui-même. C’est une lecture minutieuse du texte qui fait apparaître des contradictions qui résident toujours dans le texte. Ce concept est plus complexe dans le domaine philosophique, voire politique, mais ici, c’est seulement le domaine littéraire qui nous intéresse.
2 Copyright
Derrida commence par sa signature dans le manuscrit qu’il a reçue avant la Noël 1976, dans ce « copyright by John R. Searle », l’auteur a ajouté la date du droit d’auteur, 1977, parce que le texte sera publié un peu plus tard. Derrida conclut donc, ce copyright, le droit d’auteur n’a aucune validité au moment qu’il l’a reçue. Ces mots sont d’abord entre guillemet dans le manuscrit que Searle a envoyé, mais puisque Searle cite les passages de ‘Signature événement contexte’, Derrida fait aussi parti du droit d’auteur, car son texte fait partie de la réplique de Searle. Donc il faut ajouter encore des guillemets.
En Derrida continue. Je cite : « Quelle est l’infélicité de ceci, je veux dire du discours de Searle ? C’est que si Searle dit vrai, quand il dit qu’il dit vrai, l’obviously true, alors le copyright est sans effet, sans intérêt : tout le monde pourrait, aura d’avance pu, reproduire ce qu’il dit. Le sceau de Searle est d’avance volé. D’où l’angoisse et la compulsion à cacher (to seal, n’est-ce pas ?) le vrai. Mais inversement, si Searle avait obscurément le sentiment qu’il ne dit pas, l’obviously true, et que ce n’est pas obvie pour tout le monde, alors il tiendrait passionnément, et toujours aussi inutilement, à préserver cette originalité, quitte à donner le soupçon, par son sceau répété et donc divisé, que son assurance quant à la vérité par lui détenue dissimulé mal une grand inquiétude. »
Donc pour reconnaître la vérité de sa signature, il faut ajouter la troisième paire de guillemets. Le copyrignt, le droit d’auteur de Searle est mis en question. L’article de Derrida est intégré dans le texte Searle, d’autant plus que Searle parle non pas en son nom, mais aussi de son maître Austin, donc, Austin doit faire partie des auteurs. Searle avoue aussi qu’il a une dette envers deux personnes pour en avoir discuté avec eux. Ces deux personnes-là doivent déclarent également leur droit d’auteur de ce texte. Il y a donc non pas un auteur, mais des auteurs pour la réplique de Searle.
Justement, Derrida intitule sa réplique ‘Limited Incorporated’, société à responsabilité limité. Dans la signature de Searle, la contradiction est claire. Premièrement, Searle prétend de dire la vérité, non pas au nom de la vérité, mais en son nom, il est étudiant d’Austin, par conséquent il est héritier de sa pensée. Deuxièmement, s’il parle au nom d’Austin et la signature atteste sa présence selon lui, il aurait dû ajouter le nom d’Austin, et tous ceux qui participent dans le débat, et ainsi de suite. Sa signature, au lieu d’imposer une autorité, le trahit, montre son infélicité, comme dit Derrida.
3 Confrontation
Après la signature, Derrida reprend tel quel la phrase de Searle : « La confrontation n’a donc pas vraiment lieu. ». Pourquoi dit-t-il ceci ? Parce que la réplique de Searle se déconstruit si facilement que Derrida se demande si son contradicteur a sérieusement lit son article.
A propos de l’intentionnalité du texte, dans l’article ‘Signature, événement, contexte’, Derrida ne néglige pas l’intention de l’auteur, comme on a vu, un signe peut multiplier ses significations, lorsque Derrida cite l’exemple « le vert est ou » de Husserl, il ne rejette pas ce que dit Husserl à propos de l’agrammaticalité, il fait seulement multiplier les significations de la phrase. L’argument de Searle n’est pas fond sur une lecture attentive de l’article de Derrida, il tombe dans le vide. Puisque Derrida ne refuse pas l’intentionnalité, à quoi bon son argument ?
A propos l’écriture, premièrement, l’argument de Searle relève de la définition traditionnelle de l’écriture, or l’écriture derridienne signifie tout autre chose que la simple opposition le langage parlé et le langage écrit, comme on a vu tout à l’heure. D’une part, l’écriture renvoie aux graphèmes qui composent la langue. D’autre part, tout ce qui reste, le signe ou la marque peut être vu comme une sorte d’écriture. Searle se trompe encore une fois, il croit s’attaquer à un défaut, mais finalement, ce défaut n’a jamais existé dans l’article de Derrida.
Après une lecture attentive, le texte de Searle se décontruit lui-même, sa réplique aurait dû simplement à une mésinterprétation de Derrida. Si on compare les deux méthodes, Searle est une attaque de l’extérieur, il critique le texte, sans une lecture minutieuse. Mais la méthode de Derrida est un travail à l’intérieur du texte, il ne prend pas des nouveaux arguments, il reprend les arguments de Searle, basé sur une lecture minutieuse et montre comment ils se défont par une lecture rigoureuse : « La confrontation n’a donc pas vraiment lieu. »

Pour conclure, il se trouve que la pensée de Derrida rencontre toujours des résistances, à cause de sa difficulté, mais aussi à cause de sa tentative de la subversion de la pensée. Ce qui est plus fascinant, c’est sa réflexion sur l’écriture, et sa conséquence dans la métaphysique et dans la littérature, cette réflexion est inséparable avec le rapport entre l’auteur et son œuvre, qui est défini de manière très subtil.
A. Compagnon dit dans le Démon de la théorie, que Derrida confond le projet de l’auteur et son intention. Mais le fossé qui les sépare est ailleurs, le texte pour Derrida est le point de départ, mais pour ses contradicteurs, Compagnon entre autres, le point d’arrivée.
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